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Robert Reverdy


Il est né à Pouzols, le 30 janvier 1908.


Il fait toute sa scolarité à l’école publique du village. On le voit ci-dessus aux environ de 1918 au milieu de ses camarades . Tous ont disparu aujourd’hui.
Adulte, il fera toute sa carrière à Narbonne comme fonctionnaire et prendra sa retraite en 1971.
Depuis cette époque, il partageait son temps entre Pouzols ( l’été et l’automne), et Narbonne (l’hiver et le début du printemps).
Plusieurs passions ont jalonné son existence : la peinture et la sculpture dans une première époque, et puis, l’âge venant et sa vue faiblissant, la poésie.
Ces poèmes, il les écrivait pour lui-même et sa famille sur des cahiers d’écolier…il y décrit les gens de Pouzols, leurs habitudes, leurs travers, le village et ses principales curiosités ; c’est du village qu’il est question dans ce recueil, un Pouzols que l’on visite en vers en partant du Fort, en descendant vers la placette, puis les trois ponts, la coopé, le château, son parc, le portail de fer et enfin la place du monument termine le périple. Puis, il adresse à son ami Poucette (Pierre Vergnes) ancien maire de Pouzols un hommage appuyé. Chacun des 13 premiers vers commence par une lettre de son nom…un petit exploit, un défi relevé !

Enfin, le recueil se termine sur un thème fondamental à Pouzols : LE BON VIN DE CHEZ NOUS.
Robert Reverdy s’est éteint à Narbonne le 11 février 1999.

Merci à sa fille Joelle qui nous a aimablement procuré le manuscrit, contribuant ainsi à enrichir le patrimoine et la mémoire de Pouzols.

Pour l’association Pouzols-Mémoire et Synergie.
Philippe Bonnafous

 

Découvrir Pouzols, avec Robert Reverdy

 


Pour découvrir Pouzols, le seul moyen rapide
N’est-il pas en rapport avec l’aide d’un guide ?…
Souci très relatif puisque, spontanément

Le Premier Magistrat répond omniprésent.

Comment noter le FORT – ancienne forteresse ?
Ou jadis un château de très haute noblesse ?
Qu’importe le blason désormais sans valeur
Depuis que les français l’ont chassé de leur cœur.
Sévère jugement, hâtif, contradictoire
Qui peut contrecarrer une page d’histoire
Visant notre Terroir…alors, par précaution
Le statu quo sera : mystère et discrétion.
De nos jours, ce quartier, plusieurs fois centenaire,
L’a-t-on abandonné ?… certes pas, au contraire,


Il sert d’habitation à des honnêtes gens
Heureux de posséder un logis fort charmant.

Avant de s’apprêter à prendre la descente
Assez courte, mais raide à cause de sa pente
Arrêtons-nous un peu à ce point culminant
Pour mettre notre montre à l’heure du cadran ;
Affranchissons un pli contenant un éloge :
« Sous son petit clocher muni d’un diffuseur
LA Poste a toujours eu un bienveillant facteur ».

 


En freinant nos souliers, rendons nous sur la Place
Voir les marchands forains blasés du face à face,
Insensibles aussi au grand bassin public
Surmonté d’une nymphe aux yeux couleur d’aspic.
A la fraîcheur de l’eau qu’une pure fontaine
Débite jour et nuit, sans reprendre haleine
Vient s’ajouter encore à ce coin séduisant
L’ombrage généreux d’un marronnier géant.

 


Autrefois un café se trouvait juste en face !…
Trois tables suffisaient à garnir la terrasse.
Un deuxième a fermé, il n’en reste qu’un seul !
Allons-y de ce pas, consommer un « tilleul ».
Mais tout va pour le mieux, puisque sur le passage
On aperçoit en blanc, le nouveau crépissage
Du Crédit Agricole installé récemment
Là où la boucherie était d’un rouge sang.

 

Deux rues en escalier reliant la Placette
Suffisent largement à la rendre coquette.
Et si elle paraît, certains jours, s’ennuyer
Songez qu ‘elle a perdu son gentil cordonnier.
Finis les brodequins commandés sur mesure
Aux deux maîtres bottiers, génies de la chaussure ;
Sans vouloir les nommer, l’un était le chanteur
Celui du quartier bas s’appelait le coupeur.
Est-ce vraiment l’odeur du pin à la résine
Qui vient subitement embaumer nos narines ?…
Pour sûr…puisqu’on fait cuire, ici, comme autrefois
Dans un four très ancien, le pain au feu de bois.


Comme le boulanger, chacun à ses coutumes…
Vouloir s’en séparer provoque l’amertume

C’est pourquoi l’on prend soin de l’unique cheval
Grâce auquel le symbole ennoblit l’animal.
Cette disparition quasiment générale
Des chevaux et mulets risque d’être fatale
Autant aux bourreliers qu’aux maréchaux-ferrants.
A se reconvertir, il leur faudra du temps.
Ceux qui ont fait leur choix pour des moyens pratiques
Ne se rappellent pas les heures romantiques
Si belles cependant dans leur simplicité ;
L’exemple qui va suivre est pourtant périmé.
Quand le moment venait de faire les vendanges
Personne n’éprouvait le sentiment étrange
D’être considéré comme simple forçat !.
Le rire et la chanson égayaient les ébats.
C ‘était le bon vieux temps de l’heureuse cueillette
Au rythme solennel de la lourde charrette
qui suivait lentement le pas des bons chevaux.
A présent…la vitesse interdit le repos.
Le progrès permanent réclame l’hardiesse !…
Alors pourquoi médire en parlant de « vitesse ».
Le seul mot convenable est précipitation ;
Cela évitera d’entrer en discussion.

De voir tous ces enfants qui sortent de l’école
Nous remet en mémoire un lointain pot de colle
Estompé aussitôt, car leur instituteur
fait honneur à l’accueil dû à des visiteurs.
Toujours la même cour, avec sa haute grille !..
A gauche les garçons et à droite les filles,
Tels étaient en vigueur les anciens règlements
Au centre la mairie orne ce bâtiment.

Ne partons pas sans voir l’élégant bureaucrate !
Toujours très familier, avec ou sans cravate.
D’autre part le savoir dans ses attributions
Fait ressortir aussi sa double distinction.
Tout à coup un rappel de vingt ans en arrière
Ne semble pas pressé de revoir la lumière.
Seule l’obscurité pouvant le réveiller :
C’est donc d’un cinéma, que nous voulons parler.
Le fait serait banal, s’il n’était pas cocasse !..
Ici, dans cette cour, rien n’était mis en place
Pour donner l’agrément de se trouver assis ;
Alors chacun portait la chaise de chez lui.
Incroyable mais vrai !.. cette scène vivante
Plaisait étrangement aux étoiles filantes.
Hélas ! elles n’ont plus ce régal savoureux
Depuis que la télé retient les gens chez eux.

Très bien conditionné, le chauffage solaire
Intéresse surtout les masses populaires
Qui peuvent se doucher presque gratuitement.
On pourrait dire aussi démocratiquement.
Les douches en question, fait remarquer le guide
Sont proches de l’école où le confort réside
A l’intérieur d’un vaste et attrayant local
Dénommé simplement Foyer Municipal.


En descendant toujours…cette fois vers la route,
Un grand bassin lavoir raconterait sans doute
S’il était moins discret, un tas de boniments !…
Prétendre l’obliger, c’est ignorer le vent.
Puis, à quoi serviraient ces divers commérages
Dont beaucoup seraient mieux dans une eau de rinçage.
A choisir, préférons les bulles de savon
Nous risquons de les voir danser sur les « trois ponts ».
Même au cœur de l’hiver, sous d’aussi beaux platanes
Le rêveur doit pouvoir tirer de son havane
Un tas d’inspirations, tout en se promenant…
Pourquoi se hâte-t-il ? rien ne paraît urgent
Après avoir sonné à la coopérative!

Va-t-on le recevoir, malgré l’heure tardive ?
Le doute est confirmé quand l’employé lui dit :
« N’étant pas prévenu, le gérant est sorti. »
Au lieu d’approfondir cette absence fortuite
Envisageons de voir, sur place et tout de suite
Ce bel emplacement d’un îlot de maisons
Construites hors du lieu…cent mètres environ.
Côté droit de la route, en tout vraisemblance
Le jardin potager et la station d’essence
Sont tous deux riverains d’un paisible cours d’eau.
Plus loin, un bois de pins embellit ce tableau.
Faisant suite à l’action d’un demi-tour à gauche
Voici donc en gros plan, c’est à dire très proche
Deux façades, dont l’une indique la coopé
L’autre, l’ancienne auberge au parterre rêvé.
Cinq, sur neuf des maisons sises dans ces parages
Voient admirablement le profil du village
Car jamais une vigne n'a rogné l’horizon.


A l’écart, pas très loin, sont parqués des moutons.
L’ensemble doit grouper au moins soixante bêtes
Et pas une, ce soir, ne relève la tête.
Depuis quand un troupeau choisit l’opposition ?
De l’avis du berger, voici l’explication :


Quel est le vrai fautif ?.. L’homme qui se résigne
A ne plus faire paître aujourd’hui dans les vignes
Ou bien celui qui croit, sans doute, avoir raison
Lorsqu’il supprime l’herbe au moyen d’un poison ?
Connaissant les vertus de la blanche « rouquette »
Plaignons sincèrement la brebis qui allaite
Et par analogie, l’évidence dira :
Le dessert fait défaut dans un frugal repas.


Conscient du respect qui le caractérise
Le cimetière ancien sert d’abri à l’église
Soumise à des travaux, d’urgente réfection,
Synonyme de goût et de conservation.

Le fait d’appartenir au culte catholique
Et d’être reclassé « monument historique »
L’Edifice a son corps dans les mains des Beaux Arts
Mais son âme est à Dieu avant d’être à César.
Autrefois, un abbé pouvait, au presbytère,
A longueur de journée, lire son gros bréviaire.
Ce temps est révolu, si bien que sans dormir,
Cinq paroisses au moins il devrait desservir.


Pour changer de sujet rien ne vaut la verdure
Quand on a devant soi un parc miniature.
Sans le sous estimer reconnaissons plutôt
Qu ‘il n’est pas comparable à celui du château.

D’une superficie largement supérieure
L’autre est le protecteur d’une noble demeure,
Fière de posséder deux superbes perrons…
Détail très important pour le rang d’un baron.
Faute d’avoir le temps d’admirer ce domaine,
De l’extérieur pourtant un coin nous y amène ;
Qui ne le connaît pas, pendant les mois d’hiver !
Chacun l’a deviné : c’est le « portail de fer ».


D’après les gens âgés ou les jeunes nourrices
L’endroit est comparable à un vrai petit Nice
Tellement l’air des pins, sous l’ensoleillement,
Est propice au repos qu’ils prennent sur un banc..
Indiscutablement l’étranger de passage,
Auprès du vieux portail recherchera sa cage,
Mais captant sa pensée, celle-ci répondra :
« Il fait plus de trente ans que je ne suis plus là.
Pendant l’occupation, j’ai rendu mes entrailles
Sous les yeux apeurés de mes sœurs, les murailles
Mais n’ayez nul souci au sujet de mon sort
Car mon cœur est resté sur le chemin des « Horts ».

 


Quiconque aurait en lui beaucoup d’indifférence
La perdrait en lisant ces mots : « mort pour la France »
Inscrits en lettres d’or sur un beau monument
Erigé près d’ici, juste sur le tournant.
Poilus ou grands soldats, victimes des deux guerres
Ont payé de leur sang le lot de nos misères,
Celui de nos plaisirs, mais à la vérité
Le plus précieux des biens : l’entière Liberté.



Si des quartiers ont l’air plus ou moins monotone
Alors que celui-ci attire les personnes
Cela tient à l’accueil offert par l’agrément
Du terrain surnommé :Square du Monument.

Tout le long d’un fossé, une jolie murette
Occasionnellement peut servir de banquette.
Le restant du pourtour se trouve grillagé,
Ainsi ce petit coin est très bien protégé.
Majestueusement marronniers et platanes,
Nullement inquiétés des coups de Tramontane
S’amusent à compter la quantité des bancs.
« Demi-douzaine en tout ! » s’écrie le plus savant.
Soudain un branle-bas vient d’agiter la foule
Car on voit dans l’allée un peloton qui roule
Attention aux coureurs ! Leur train est infernal !
Ce divertissement nous sert de point final.


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Mais à la réflexion, la page est incomplète…
Il manque l’essentiel destiné à POUCETTE
Puisque dans le volet ci-dessous annexé,
Une suite d’exploits se voient récompensés.

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Poucette


P ouzolais d’origine et Maire du village
I l mérite à la fois un amical hommage
E t le respect de tous dû à sa dignité ;
R econnaissance aussi, de la localité.
R etracer en détail sa gestion exemplaire
E xigerait, ici, un large commentaire
V ers lequel nul besoin n’inspire à discussion.
E n quelques mots, parlons de réalisation.
R égénérer les rues par un bon goudronnage
G râce au revêtement, se remarque à l’usage.
N ombreux le sont aussi les chemins communaux
E nrobés à leur tour par ces produits nouveaux.
S ur le tout à l’égout, qui n’est plus une fable,
Sûrement nos aïeux diraient : » c’est incroyable
D’avoir chez soi un siège apte aux commodités ».
Surtout quand on reçoit, souvent des invités.
Si le besoin en eau s’avère indispensable
Le débit annoncé paraît inépuisable
A la nouvelle source, en direction d’Oupia.
A Fontalières donc, un puits s’est bâti là.
Le résultat est tel et sa cause si noble
Qu’il permet l’arrosage à travers le vignoble
Afin de lui fournir un secours bienfaisant
Dont le profit certain est un fait important.
Ainsi ce résumé traduit, sinon reflète
Le précieux dévouement de notre bon POUCETTE
A qui nous décernons au moins trois citations :
Intégrité, valeur, fermeté dans l’action.

 

Robert Reverdy

 


 

 

Le bon vin de chez nous

 


Parvenu jusqu’à toi…vignoble ensoleillé
Le vent venant du Nord ou du Marin mouillé
Siffle sur chaque cep parfois un air farouche
Lequel plaît cependant aux innombrables souches.

 

Grisonnantes l’hiver, voici le gai printemps
Venu leur redonner des bourgeons éclatants
Bien vite transformés en beauté verdoyante
Telle une mer bercée par la brise ondoyante.

Au milieu des maisons, du haut de son perchoir
L’ancien Comté vétuste admire chaque soir
Les fertiles coteaux, sis non loin du village,
Très fiers d’alimenter un délicieux breuvage.
Ici, dans le midi, un soleil radieux
Mûrit pendant l’été des raisins capiteux


Pour être vendangés aux abo
rds de l’automne.
Nul doute à ce moment si la coopé fonctionne
Les apports vont bon train, tandis que l’égrappoir
Prépare au vin nouveau le bouquet du terroir.
Avec beaucoup de soins, le personnel caviste
Va donc l’embouteiller pour le vendre aux touristes.

La coopé ci-dessus succinctement décrite
Se trouve sur la route où elle vous invite
Au nom du Président, du Directeur gérant,
Et surtout, oui surtout de tous les adhérents,
A la dégustation amicale et gratuite…
La visite s’impose et saura par la suite
Si votre fin palais a retenu le goût
Pour vous livrer plus tard le bon vin de chez nous.
Sans vouloir diffuser la moindre propagande
La qualité suffit à la rendre très grande.
Donc, quiconque aura bu ce vin d’excellent choix
N’oubliera pas qu’il sort de POUZOLS-MINERVOIS.

Fait à Pouzols, le 8 février 1980

Robert Reverdy

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